Disparition de François Lacroute

Chères et chers collègues,

Nous avons appris avec tristesse le décès de François Lacroute survenu le 18 juin 2026. La communauté scientifique lui doit beaucoup, même si ses travaux n’ont sans doute pas été toujours reconnus à leur juste valeur. François a été un pionnier dans le domaine de la génétique de la levure, apportant des contributions fondamentales qui ont contribué à faire de la levure un puissant système modèle pour la génétique moléculaire. De nombreux concepts et outils devenus des références en biologie de la levure trouvent leur origine dans ses travaux pionniers menés pendant plus de 40 ans.

La communauté des chercheurs spécialisés dans la levure n’est pas la seule à être redevable à François et à ses travaux scientifiques. Outre ses études sur la biosynthèse et la régulation des pyrimidines, François a été le premier à décrire, à la fin des années 70, que les ARN contenant un codon stop prématuré sont dégradés, un phénomène qui a été baptisé bien plus tard « dégradation médiée par un codon non-sens » (NMD). Au début des années 70, il a également décrit un élément héréditaire cytoplasmique inhabituel, non mendélien, qu’il a appelé [URE3]. Ses travaux ont jeté les bases de la réinterprétation ultérieure de [URE3] en tant qu’élément héréditaire protéique, un prion. Il a également apporté des contributions majeures à l’identification des facteurs impliqués dans la maturation de l’ARN en 3′.

François était un as des cribles génétiques et un scientifique profondément passionné. Lorsqu’il a officiellement pris sa retraite, il était heureux de pouvoir enfin se consacrer pleinement à ses expériences génétiques, libéré du fardeau administratif qui, selon lui, l’avait empêché de vivre pleinement sa passion. Il a toujours été réticent à se mettre en avant pour recevoir les honneurs et la reconnaissance qu’il méritait. Il a quitté la scène scientifique en silence, avec la même discrétion que celle dont il avait fait preuve tout au long de sa carrière.

Domenico Libri et Bertrand Séraphin
Institut de Génétique Moléculaire de Montpellier, IGMM

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